Bâtiment / Newsletter du 3 Février 2020

De nouveaux modèles pour la rénovation énergétique en France ?


En France, le bâtiment représente 40% à 45% de la consommation énergétique, et un quart des émissions de gaz à effet de serre. Le parc existant est en moyenne très peu performant pour limiter les pertes thermiques, et représente ainsi un levier formidable d’économies d’énergie pour le pays. On se heurte toutefois à des difficultés pour concrétiser la rénovation massive de bâtiments. Quels nouveaux modèles ouvrent de nouvelles possibilités pour accélérer la transition ?


(Crédit : Shutterstock)
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Le défi de la rénovation énergétique en France

L’ambition est annoncée haut et fort par le gouvernement français : pour Julien Denormandie, ministre en charge de la ville et du logement, « 2020 sera l’année de la rénovation ». Signe d’un changement de cap ? La méthode reste pourtant la même : distribuer des primes d’aide aux particuliers pour la rénovation énergétique de leur logement. Le dispositif « MaPrimeRénov’ » est ainsi destiné à encourager la rénovation de 136 000 logements de propriétaires occupants dans l’année. Le logement représente en effet 60% de la consommation énergétique et des émissions de gaz à effet de serre du parc bâti français, avec une part importante émanent des constructions réalisées entre 1950 et 1975, qui sont les plus énergivores (1).

Ce modèle d’aide publique n’est pas suffisant pour déclencher un mouvement d’ampleur dans la rénovation de bâtiments. Le think tank Institute for Climate Economics estime ainsi à 7 milliards d’euros annuels les financements publics nécessaires pour atteindre la neutralité carbone en 2050 (2), là où l’Agence Nationale de l’Habitat (ANAH) est dotée d’environ 1 milliard pour 2020 (3).

Vers un nouveau modèle économique ?

Des entreprises imaginent aujourd’hui pourtant de nouveaux modèles économiques pour la rénovation énergétique, qui tentent de s’affranchir des aides publiques. Le géant de l’énergie italien ENI propose ainsi aux entreprises un programme complet pour financer les travaux de rénovation énergétique. L’idée est simple : après un calcul des économies d’énergies futures, ENI supervise elle-même le financement et les travaux de rénovation énergétique pour une entreprise tierce. Le client bénéficie de l’amélioration de sa consommation énergétique, et donc de la réduction de son empreinte carbone, sans dépense de liquidité. Le fournisseur d’énergie amortit par la suite les travaux, ce qui revient à facturer pendant un temps donné l’électricité au prix correspondant à la consommation antérieure. On voit donc se dessiner l’ébauche d’un modèle économique combinant conception, financement, construction et exploitation pour simplifier l’accès à la rénovation énergétique.

Un modèle attrayant pour les entreprises, mais qui ne s’applique pour l’instant qu’aux clients B2B. EDF propose pour sa part une solution de financement comparable mais plus classique pour les copropriétés, à travers le prêt Domofinance, destiné aux travaux Certifiés Economies d’Energie. Les particuliers peuvent pour leur part se tourner vers les banques de détail pour demander un éco-prêt à taux zéro. Le gouvernement se montre désormais favorable à l’émergence d’alliance entre les constructeurs et les banques pour proposer une offre tout compris, à coût initial nul pour les propriétaires. Allons-nous vers une généralisation du principe de financement-construction-exploitation au marché des particuliers, qui pourrait provoquer un changement radical des pratiques ?
 

Un projet européen propose une approche intégrée

Un projet de R&D s’est attaqué au sujet : EnergieSprong. Bouygues Construction et ses partenaires européens conçoivent et testent divers dispositifs industriels permettant de mettre en œuvre une rénovation énergétique de l’enveloppe par l’extérieur, limitant ainsi grandement les nuisances pour les occupants et usagers des bâtiments. L’industrialisation a aussi pour objectif de réduire les coûts de l’investissement en termes de travaux. Une approche attrayante, qui pourrait être dynamisée encore plus par un dispositif de financement des travaux basé sur les économies énergétiques futures, ainsi que sur la production d’énergie après rénovation. Les panneaux de toiture conçus dans le cadre du projet EnergieSprong intègrent en effet des équipements techniques, dont des panneaux photovoltaïques : une énergie dont la revente peut générer des revenus conséquents dans les régions ensoleillées, accélérant ainsi le retour sur investissement des travaux.
 
Ce nouveau modèle peine toutefois pour le moment à se transposer aux bâtiments publics. L’Etat, les établissements publics et les collectivités locales continuent donc d’investir pour réduire la consommation énergétique de leurs bâtiments. Ainsi, le conseil régional d’Île-de-France mobilise 280 millions d’euros pour la rénovation de 21 lycées entre 2020 et 2023. Le think-tank the Shift Project propose d’aller plus loin, en rendant l’immobilier public exemplaire en matière de performance énergétique, via des rénovations ambitieuses au rythme de 3% du parc immobilier national par an (4). Ces initiatives publiques s’appuieraient sur un large réseau d’artisans et d’entreprises montant en compétence sur la rénovation énergétique.

Assurer la qualité d’exécution

Une qualité assurée actuellement par les entreprises certifiées par le label national RGE : Reconnu Garant de l’Environnement. Face aux escroqueries qui se multiplient, ventant des solutions de qualité médiocre, les entreprises qualifiées RGE se mobilisent. Le 1er Septembre prochain entreront en vigueur de nouvelles règles qui renforceront les contrôles des chantiers pour les 57 000 entreprises labellisées. Les six domaines critiques identifiés par le gouvernement et les organismes de qualification sont les suivants : l’isolation des combles et des plafonds, les pompes à chaleur, les chauffe-eau thermodynamiques, les chaudières à bois et les inserts. Les contrôles devraient permettre d’écarter les entreprises de qualité moyenne, mais risquent aussi de faire baisser drastiquement l’offre disponible et donc la cadence des travaux à l’échelle nationale.

Poursuivons l’innovation

Ces multiples efforts suffiront-ils à atteindre les objectifs d’économie d’énergie fixés par l’Accord de Paris ? Il est permis d’en douter. L’urgence de proposer des nouvelles solutions et de nouveaux modèles économiques pour la rénovation énergétique des bâtiments existants est donc plus pressante que jamais.



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