Et si demain / Newsletter du 7 Octobre 2019

Et si demain… Les astéroïdes servaient à fabriquer nos batteries ?


« La fin du cuivre en 2050 », « des gisements d’argent épuisés d’ici 2029 » : la sphère médiatique et divers acteurs délivrent régulièrement des messages alarmistes évoquant la raréfaction voire la disparition à venir de matières premières, notamment métalliques.


« La fin du cuivre en 2050 », « des gisements d’argent épuisés d’ici 2029 » : la sphère médiatique et divers acteurs délivrent régulièrement des messages alarmistes évoquant la raréfaction voire la disparition à venir de matières premières, notamment métalliques. Dernier en date, le constructeur Tesla alertait par la voix de sa responsable de l’approvisionnement sur le risque de pénurie imminente de matériaux nécessaires à la fabrication de batteries de véhicules électriques.  
 
Mythe ou réalité ? Difficile d’évaluer les risques et encore plus de les dater avec certitude tant les paramètres sont nombreux : physiques, techniques, sociaux, économiques et politiques. Tandis que certains se penchent sur la disponibilité des ressources sur Terre, d’autres jettent leur dévolu sur les cieux. Et notamment sur les astéroïdes, réputés regorger de minerais précieux. La perspective de ressources quasi infinies quand on sait que quelques 700 000 astéroïdes ont déjà été recensés. 

​Les premières entreprises d’exploitation minière d’astéroïdes

De quoi attirer les convoitises et bousculer les traités internationaux cadrant le droit international de l’espace. A l’image du Traité sur l’espace, signé en 1967 en plein Guerre Froide, qui érigeait le principe de non-appropriation de la Lune et des corps célestes. Les Etats-Unis amorçaient le ballet en 2015 avec le vote du Space Act, loi américaine favorisant « le droit des citoyens américains à entreprendre l’exploration et l’exploitation commerciale des ressources spatiales », sauf les formes de vie extraterrestre. 

Une ouverture accueillie avec enthousiasme par le secteur encore embryonnaire et méconnu de l’économie spatiale. Ce dernier a décollé dans les années 2010 avec l’émergence des premières entreprises spécialisées dans l’exploitation minière d’astéroïdes, au premier rang desquelles l’américain Planetary Resources (2010) (qui compte Larry Page, le fondateur de Google, parmi ses investisseurs) et la firme luxembourgeoise Deep Space Industries (2013). Ou encore, plus récemment (2016), Asteroid Mining Corporation dont le pilote écossais, Mitch Hunter-Scullion, 23 ans, rêve de devenir le premier trillionaire de l’humanité grâce à l’économie spatiale. 

​Une perspective encore lointaine

Car les profits annoncés sont vertigineux : l’astéroïde Psyché 16, situé entre Mars et Jupiter renfermerait une quantité d’or et de métaux précieux estimée à 700 quintillions de dollars (700 suivis de 30 zéros). La Nasa ambitionne d’y envoyer une sonde en 2022, qui pourrait atteindre l’astéroïde en 2026. Pour autant, le chemin à parcourir est encore long. John Zarnecki, Président de la Royal Astronomical Society, n’envisage pas les premiers « proof of concept » d’exploitation minière avant 25 ans et un réel démarrage commercial avant une cinquantaine d’années. 

Sans compter les nombreux débats que ne manqueront pas d’alimenter cette activité. Parmi les scientifiques, des voix s’élèvent d’ores et déjà contre les risques liés à l’exploitation des astéroïdes. Comment s’assurer que les techniques d’exploitation soient sans danger ? Notamment celle de l’aérofreinage, qui consiste en une série de chocs déviant les astéroïdes de leur trajectoire pour les fixer dans l’orbite de la Terre. D’autres sont sceptiques quant au réel potentiel commercial : si certains astéroïdes recèlent de métaux précieux, la plupart ne sont composés que de roches. Or, il est très difficile d’évaluer avec certitude la composition des astéroïdes à une telle distance…

Enfin, et surtout, cela questionne la capacité de l’Homme à penser ses propres limites et fait passer dans une autre dimension l’opposition entre partisans d’une consommation raisonnée des ressources et d’une adaptation à leur finitude, et adeptes d’une exploration des possibles sans entrave au nom de la croissance et du progrès.


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